Archive de la catégorie ‘Anecdotes’

Allo les pompiers

Vendredi 18 juin 2010

L’une de mes grandes angoisses en tant que bègue était d’être totalement impuissant si je me trouvais face à un accident, un incendie et que je devais donner l’alerte. Dans ces cas là il faut vite parler et donner des informations claires. Pas le temps de bégayer. Si une telle situation devait arriver, j’étais mal parti. Bonjour la galère.

J’allais quand même pas appeler les pompiers et leur chanter ce que j’avais à leur dire sur cet air là :

Au feu, les pompiers,
Y a la maison qui brûle !
Au feu, les pompiers,
V’là la maison brûlée !

C’est pas moi qui l’ai brûlée,       Allo les pompiers dans Anecdotes aufeulespompiers
C’est la cuisinière,
C’est pas moi qui l’ai brûlée,
C’est le cuisinier.

Au feu, les pompiers,
Y a la maison qui brûle !
Au feu, les pompiers,
V’là la maison brûlée !

En 2006, j’ai eu une période à vide et comme souvent dans ces cas là, j’en profite pour rebondir et avancer.

Si je ne pouvais donner l’alerte, je pouvais peut-être faire autre chose. J’ai donc décidé de passer l’AFPS.

C’est une formation pour apprendre à donner les premiers secours. J’ai passé une journée complète lors du Téléthon 2006 à apprendre comment arrêter des saignements, comment masser un coeur, faire du bouche à bouche etc ..

On était une trentaine de personnes. Pour commencer … un tour de table pour savoir ce que chacun attendait de la formation. Ça commençait mal. A peine arrivé, il allait falloir que je parle. De mon souvenir c’est la première fois que je fis ce qui suit (enfin dans un contexte comme celui là). Quand mon tour fût arrivé, j’ai dit à tout le monde que j’étais bègue, que j’allais accrocher sur ce que j’allais dire, donc que c’était normal. J’ai parlé quelques minutes puis la parole est passée à une autre personne. Je n’ai pas eu de retour par rapport à ce que j’avais dit, pas de personne qui soit venu me voir pour me dire que c’était courageux d’avoir pris la parole en public. Je ne cherchais pas le compliment mais je ne peux m’empecher de penser que pour un autre handicap, les personnes auraient vraiment réalisé l’effort demandé et la réaction aurait été autre. Je referme la parenthèse.

Le reste de la journée s’est très bien passé. Il y a eu des jeux de rôle. Je me suis laché, et j’ai même fait rire les autres participants. Je ne sais pas si j’aurais un jour à me servir de ce que j’ai appris. Ce qui est certain, c’est que si cela devait arriver je serais prêt. Du coup j’appréhende beaucoup moins de devoir appeler les secours.

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ça me fatigue

Lundi 14 juin 2010

ça me fatigue dans Anecdotes grossefatigue

Parler me fatigue.

Au bout d’un moment, ça me demande un réel effort.

Est-ce parce je vais souvent parler en apnée ?

Est-ce par manque d’habitude ?

Est-ce à cause de tout ce qu’il peut se passer à l’intérieur ? Tous les stratagèmes mis en place pour ne pas bégayer, les mots choisis pour en remplacer d’autres ? Toute cette réflexion, ce bouillonement  permanent ?

Parler me demande beaucoup d’énergie. Je me demande bien combien de calories je dois brûler en parlant. C’est peut-être pour ça que je peux manger autant que je veux sans prendre un gramme. emoticone Je dis ça en plaisantant mais sait-on jamais …

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Bègue vs Démarcheur 1-0

Mardi 6 avril 2010

Comment réagir face à un démarcheur ?

Vous savez ces personnes qui frappent à votre porte et essayent de vous vendre des produits surgelés, des abonnements de magasine etc ..

Déjà que c’est pas forcément évident de placer un mot quand on a affaire à un démarcheur … alors quand en plus on bégaie …  

Bien sûr il y a la solution la plus simple qui est de ne pas leur ouvrir. (solution de fuite, d’évitement de la situation)

Seulement on ne sait pas forcément avant d’ouvrir ce que veut la personne.

J’ai eu à nouveau affaire à l’un d’entre eux il y a moins d’une heure.

Je savais plus ou moins que c’était du porte à porte mais j’ai quand même répondu. (Comme ça je m’en débarrasse sinon il y a toujours le risque qu’elle se pointe à nouveau)

Charmante jeune femme qui se présente. Elle appartient à une société qui vend des livres à prix intéressants.  

Je répond à sa question et je commence à bafouiller …

Bon je reprend de suite les choses en main.

J’annonce avec le sourire (très important ça emoticone) que j’ai des soucis pour parler.

Comme ça, elle va (peut-être) adapter son débit de parole au mien.

De toute façon maintenant elle sait, la balle est dans son camp.

Elle me dit qu’il n’y a pas de soucis …

Ensuite je lui dit  » Je vous arrête de suite, une personne de mon entourage est déjà abonnée et je profite de ses produits par elle »

Je reprends ainsi le contrôle de la conversation ( mon bafouillage commence déjà à s’estomper)

Bien sûr un démarcheur ne lâche jamais l’affaire. Elle tente de dévier de sujet, que c’est dommage les gens ne lisent plus, me demande le dernier livre que j’ai lu. 

Elle termine en me disant que ça peut quand même être intéressant pour moi, que c’est à prendre ou à laisser.

Je lui répond que je ne suis toujours pas intéressé et lui souhaite une bonne fin de journée.

Elle n’a pas réalisé sa vente et je tiens un sujet pour un article du blog Langue(Toujours voir le bon côté des choses)

 J’ai des confrontations qui se sont moins bien passé.

Quand une personne parle sans arrêt, monopolise la conversation sans que l’on arrive à exposer son point de vue, on finit plus ou moins par se laisser influencer (ou tout simplement de céder pour se débarrasser de la personne). Il m’est arrivé de m’abonner à des trucs qui ne m’intéressaient pas forcément. Ca a été très rare mais c’est arrivé. Dès le lendemain j’usais du fameux  délai de rétraction de 7 jours et j’annulais l’abonnement.

Bègue mais bien informé Langue

Voila c’était ma petite expérience de la journée. D’un certain côté j’aime bien me confronter à ces situations. Je ressens la satisfaction d’avoir réussi à gérer une situation malgré mon handicap.

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Diplômé

Lundi 8 février 2010

Diplômé dans Anecdotes temp 

Un jour d’octobre en 2001,  à la gare de Nantes.

C’était les journées du livre et il y avait quelque chose d’organisé. J’attendais juste mon train.

En traversant la gare, je fus abordé par une dame. Elle me demanda si je voulais lire un passage des « mille et une nuits ». Elle voulait que je parle dans un micro, moi, un bègue. Elle voulait que je m’inflige cette humiliation publique Surprise

Je lui ai dit que non, je n’étais pas intéressé. Je sentais quand même une part de moi qui hésitait.

Elle ajouta que je gagnerai un livre.  Je ne sais si cet argument pris le pas sur ma décision et me décida à cette folie mais … je la suivis et devant toute la gare bien remplie (tu parles on était un samedi), j’ai pris le micro et j’ai lu quelques lignes.

J’ai pris mon train avec un exemplaire des mille et une nuits, un diplôme attestant de cette folie et le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’important.

Je m’étais beaucoup surpris ce jour là et en même temps pas tant que ça. Je savais que j’en étais capable et que je devais juste mettre de côté ma peur de bégayer. J’ ai ressenti une grande fierté d’avoir tenté, d’avoir parlé dans ce micro malgré mon handicap. D’autant plus que tout le monde ne l’aurait pas fait.

Je n’ai pas repensé à ce moment depuis des années. Maintenant qu’ il m’ait revenu en mémoire,  je garde précieusement ce souvenir pour les moments où je doute, où je ne veux pas oser. Je ne veux plus me dire que je ne fais pas quelque chose parce que je suis bègue.  Je veux devenir et affirmer celui que je suis au fond de moi. Je peux y arriver …. après tout, ne suis je pas diplômé ? emoticone

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